Guide interactif de prise en charge de l'hématurie pédiatrique

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🔍Étape 1 : Suspicion et confirmation

Patient pédiatrique avec urine rouge, brune ou « lavée par la chair ».

Action initiale

1. Confirmez l'hématurie : Utilisez une bandelette de test d'urine. Un résultat positif pour le « sang » doit être confirmé par un examen microscopique du sédiment urinaire.

  • Définition de la microhématurie : Présence de > 5 globules rouges par champ de puissance élevée dans l'urine centrifugée.
  • Éliminez les faux positifs : Myoglobinurie (rhabdomyolyse), hémoglobinurie (hémolyse), ingestion d'aliments (betteraves, colorants) ou de médicaments (rifampicine, métronidazole).

📋Étape 2 : Antécédents et examen physique dirigé

Une fois l'hématurie confirmée, les antécédents cliniques et l'examen physique sont cruciaux pour orienter le diagnostic.

Points clés de l'histoire
  • Caractéristiques urinaires : Couleur rouge vif (suggère un faible flux sanguin) ou marron/Coca-Cola (suggère une origine glomérulaire) ? Présence de caillots (évoque une origine extraglomérulaire) ?
  • Symptômes associés : Fièvre, dysurie, fréquence (IVU) ; œdème, hypertension, oligurie (syndrome néphritique) ; douleur au flanc (Lithiase, Obstruction) ; éruption cutanée, arthralgie (maladie systémique).
  • Contexte récent : Infection pharyngée ou cutanée (suggère un GMN post-infectieux, 1 à 3 semaines avant) ; exercice physique intense; traumatisme.
  • Antécédents familiaux : Surdité (syndrome d'Alport), lithiase, maladie rénale, hématurie familiale.
Points clés de l'examen physique
  • Pression artérielle: Mesurez toujours ! L'hypertension est un signe avant-coureur d'une maladie glomérulaire.
  • Œdème: Facial (périorbitaire) ou membres inférieurs.
  • Examen cutané : Purpura palpable (vascularite à IgA), éruption malaire (lupus).
  • Palpation abdominale : Masses (tumeur de Wilms, hydronéphrose), douleurs sus-pubiennes ou de la fosse lombaire.

🔬Étape 3 : Différenciation glomérulaire par rapport aux études non glomérulaires et initiales

La priorité est de distinguer si le saignement provient du glomérule ou des voies urinaires. Cela guidera les études et la gestion.

Y a-t-il des signes d’origine glomérulaire ?

(Urine brune, hypertension, œdème, protéinurie importante, coulées de sang dans les sédiments)

🩸Prise en charge de l'hématurie d'origine glomérulaire

La présence d'HTN, d'œdème, de protéinurie et/ou de cylindres sanguins nécessite une étude immédiate.

Etudes à réaliser

  • Analyse de sang : Formule sanguine, fonction rénale (urée, créatinine), électrolytes, protéines totales, albumine.
  • Etudes immunologiques : Complément C3 et C4, antistreptolysine O (ASO).
  • Analyse d'urine : Quantification de la protéinurie (rapport protéine/créatinine dans un échantillon isolé).
  • Échographie rénale : Évaluer la morphologie rénale.

Critères de référence URGENT vers la néphrologie/hospitalisation

  • Hypertension artérielle.
  • Œdème important ou anasarque.
  • Oligurie ou anurie.
  • Élévation de la créatinine (insuffisance rénale aiguë).
  • Protéinurie dans la gamme néphrotique (indice Prot/Cr > 2,0 mg/mg).
Prise en charge des GMN post-streptococciques suspectés

Généralement 1 à 3 semaines après une pharyngo-amygdalite ou un impétigo. Il fonctionne avec un C3 faible et un ASO élevé.

Gestion: C’est solidaire. Il n’existe pas de traitement spécifique pour l’hématurie.

  • Prise en charge de l’HTN/œdème : Restriction en sel et en liquides. Si nécessaire, diurétiques.
  • Furosémide
    Orale ou IV.
    Dose: 1-2 mg/kg/dose. Cela peut être répété toutes les 6 à 8 heures. Maximum 6 mg/kg/jour.
  • S'il existe des signes d'infection active, traiter avec de la pénicilline ou de l'amoxicilline.

Suivi: Contrôles périodiques de la pression artérielle et de l'urine. L'hématurie peut persister au microscope pendant des mois. C3 se normalise en 6 à 8 semaines.

Autres causes glomérulaires et rémission

Si l'hématurie glomérulaire est récurrente (coïncidant avec des infections virales), envisagez Néphropathie à IgA.

S’il existe des antécédents familiaux de surdité ou d’insuffisance rénale, envisagez Syndrome d'Alport.

En cas de symptômes systémiques (éruption cutanée, arthrite), pensez à Vascularite (Schönlein-Henoch) o Lupus.

Dans ces cas, il faut RÉFÉRER À LA NÉPHROLOGIE PÉDIATRIQUE pour une étude complète, qui peut inclure une biopsie rénale.

💧Prise en charge de l'hématurie d'origine non glomérulaire

Urine rouge/rose, absence d'HTA/œdème/protéinurie importante. Les causes les plus courantes sont bénignes.

Études initiales

  • Culture d'urine : Toujours pour exclure une infection des voies urinaires (IVU).
  • Indice de calcium/créatinine dans les urines : Éliminer une hypercalciurie idiopathique (cause fréquente d'hématurie isolée). Une valeur > 0,21 mg/mg est évocatrice.
  • Échographie des reins et des voies urinaires : Évalue les malformations, les lithiases, les tumeurs.
Gestion selon la cause

Si l'infection urinaire est confirmée :

Commencez un traitement antibiotique conformément aux directives locales.

Amoxicilline-Clavulanate
Suspension buvable (100/12,5 mg/ml), comprimés.
Posologie (cystite) : 40 mg/kg/jour (amoxicilline) distribués toutes les 8 à 12 heures pendant 3 à 5 jours.
Céfixime
Suspension buvable (100 mg/5 ml).
Posologie (cystite) : 8 mg/kg/jour distribués toutes les 12 à 24 heures pendant 3 à 5 jours.

Réévaluer avec une culture d’urine de contrôle si la clinique l’exige.

Si l'hypercalciurie est confirmée :

Le traitement est principalement diététique.

  • Augmentez l’apport hydrique.
  • Régime normosodique (éviter l’excès de sel).
  • Ne limitez pas le calcium de votre alimentation.

Suivi: Contrôle dans 3-6 mois. L'hématurie est généralement intermittente. Référer en néphrologie si elle est associée à une lithiase ou si elle est très récurrente.

Si les études sont négatives (cause non identifiée) :

C'est un Hématurie microscopique isolée persistante. C'est la situation la plus fréquente.

Gestion:

  1. Confirmer la persistance dans 2-3 échantillons dans les semaines/mois suivants.
  2. Réaliser une étude familiale (bandelette réactive pour les parents et la fratrie).
  3. Réévaluation en consultation tous les 6-12 mois avec bandelette urinaire et mesure TA.

Critères d'orientation vers la néphrologie (en cas d'hématurie non glomérulaire)

  • Hématurie macroscopique récurrente.
  • Apparition d'une protéinurie, d'une HTN ou d'un œdème au cours du suivi.
  • Antécédents familiaux de maladie rénale importante.
  • Anomalies à l'échographie (lithiase complexe, malformations).

Orientation vers l'urologie pédiatrique

  • Si une cause anatomique est suspectée (sténose des repas, polypes).
  • Traumatisme des reins ou des voies urinaires.
  • Tumeur de la vessie ou du rein.

Recommandations pour les parents et les tuteurs

La présence de sang dans l'urine de votre enfant peut être alarmante, mais dans de nombreux cas, la cause n'est pas grave. Voici un guide sur ce qu'il faut faire et ce qu'il ne faut pas faire.

👍QUE FAIRE (DEUX)

  • Reste calme: La plupart du temps, l’hématurie chez l’enfant a un bon pronostic. Une petite quantité de sang peut tacher l’urine de manière très frappante.
  • Consultez le pédiatre : C'est toujours la première étape. N'assumez pas la cause. Le médecin effectuera les tests nécessaires pour un diagnostic correct.
  • Suivre les instructions médicales : Effectuez les tests demandés et administrez les médicaments (tels que des antibiotiques pour une infection) comme prescrit.
  • Favoriser l'hydratation : Encouragez votre enfant à boire beaucoup d'eau, surtout si une hypercalciurie est suspectée ou pour aider à « nettoyer » les voies urinaires.
  • Observez d'autres symptômes : Informez le médecin si votre enfant a de la fièvre, des douleurs en urinant, des douleurs dans l'abdomen ou le dos, un gonflement (surtout du visage ou des pieds) ou des lésions cutanées.

👎CE QU'IL NE FAUT PAS FAIRE (À NE PAS FAIRE)

  • Ne prenez pas de médicaments vous-même : Ne donnez pas d'anti-inflammatoires (comme l'ibuprofène) sans consulter, car certains peuvent affecter la fonction rénale.
  • Ne limitez pas les liquides : Sauf indication contraire de votre médecin (comme en cas d'insuffisance rénale ou d'œdème important).
  • Ne présumez pas qu’il s’agit de « quelque chose de temporaire » : Bien que de nombreuses causes soient bénignes, une évaluation médicale initiale est toujours nécessaire pour écarter des problèmes graves.
  • Ne forcez pas les régimes étranges : Ne limitez pas le calcium ou le sel dans votre alimentation, sauf indication contraire de votre pédiatre ou néphrologue.

Évaluation finale : qu'avons-nous appris ?

Répondez à ces questions pour renforcer les concepts clés du guide.

1. Quelle est la première étape essentielle en cas de suspicion d’hématurie chez un enfant ?

2. Quel ensemble de signes et symptômes indique le plus fortement une hématurie d’origine glomérulaire ?

3. Chez un enfant présentant une hématurie microscopique isolée et persistante et dont les examens initiaux sont normaux (culture d'urine, échographie, Ca/Cr), quel est le comportement le plus approprié ?

4. Quand l’orientation vers un service d’urgence ou un service de néphrologie pédiatrique est-elle une priorité ?

5. Quelle est la prise en charge initiale recommandée en cas d’hypercalciurie idiopathique diagnostiquée comme cause d’hématurie ?

Voir les bonnes réponses

1. c) Confirmez la présence de globules rouges avec un sédiment urinaire.

2. b) Hypertension, œdème et protéinurie.

3. c) Surveillance périodique (tous les 6 à 12 mois) avec bandelette urinaire et mesure du TA.

4. b) Si l'hématurie s'accompagne d'HTN, d'œdème ou d'altération de la fonction rénale.

5. c) Augmentation de l'apport hydrique et régime normosodique (sans excès de sel).

Bibliographie et références