Étape 1 : Évaluation initiale et signes avant-coureurs
Antécédents et examen physique
Effectuez un historique médical complet et un examen physique détaillé, en recherchant activement les signaux d’alarme.
- Douleur qui réveille l'enfant la nuit.
- Perte de poids ou arrêt de la courbe de croissance.
- Vomissements importants (bilieux, projectifs).
- Sang dans les selles ou vomissements.
- Diarrhée chronique ou nocturne sévère.
- Fièvre persistante et inexpliquée.
- Dysphagie, odynophagie.
- Douleur localisée loin du nombril (en particulier dans les quadrants supérieur/inférieur droit).
- Antécédents familiaux de MII, de maladie coeliaque ou d'ulcère gastroduodénal.
- Résultats anormaux à l'examen (masses, organomégalie, sensibilité localisée).
Études initiales
S’il n’y a pas de signes avant-coureurs, une attitude attentiste peut être adoptée. En cas de doute ou pour rassurer la famille, pensez à :
- Formule sanguine complète, VS et CRP : Éliminez l'anémie, l'inflammation.
- Biochimie de base : Fonction rénale et hépatique.
- Anticorps coeliaques : Ac. IgA anti-transglutaminase tissulaire (avec IgA totales).
- Analyse d'urine : Éliminez toute infection urinaire.
- Sang occulte dans les selles et/ou calprotectine fécale : Si une inflammation intestinale est suspectée.
Étape 3 : Deuxième ligne de gestion (s'il n'y a pas d'amélioration)
Si les symptômes persistent ou si la fonction ne s’améliore pas après 4 à 6 semaines, envisagez les options suivantes :
Options thérapeutiques supplémentaires
-
Amitriptyline (Sous surveillance) : Pour l'hypersensibilité viscérale.
Dose: Commencez avec 0,1 à 0,2 mg/kg/jour la nuit, augmentez progressivement jusqu'à 0,5 à 1 mg/kg/jour.
Présentation: Comprimés de 10 mg, 25 mg. -
Probiotiques : Certaines souches telles que *Lactobacillus rhamnosus GG* ont montré des bénéfices.
Dose: Suivez les spécifications du produit. Évaluez pendant 4 semaines.
Psychothérapie et autres approches
- Thérapie cognitivo-comportementale (TCC) : Référez-vous à la psychologie. Très efficace pour développer des stratégies d’adaptation à la douleur.
- Hypnothérapie : Son efficacité a été démontrée dans des études sur la douleur fonctionnelle.
- Échographie abdominale : Déterminez si elle n'a pas été réalisée pour exclure une pathologie anatomique.
Étape 4 : Approche par gastroentérologie pédiatrique
Études spécialisées
Endoscopie digestive haute (EDA) et coloscopie
Indiqué en cas de signes avant-coureurs, d'augmentation de la calprotectine ou de suspicion de pathologie des muqueuses. Toujours avec des biopsies en série (œsophage, estomac, duodénum, iléon, côlon).
Résonance magnétique entière (IRM entière)
Étude de choix pour évaluer l'intestin grêle de manière non invasive, notamment en cas de suspicion de maladie de Crohn.
Autres tests
pHmétrie/Impédanciométrie (reflux), test respiratoire (prolifération bactérienne, malabsorption), manométrie.
Prise en charge thérapeutique spécifique
Maladie inflammatoire de l'intestin (MII)
Induction de rémission avec des corticoïdes, une nutrition entérale exclusive ou des produits biologiques. Entretien avec des immunomodulateurs ou des produits biologiques.
Maladie coeliaque
Mise en place d'un régime strict sans gluten à vie, avec suivi par un nutritionniste.
Œsophagite/gastrite éosinophile
Traitement par inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) et/ou régimes d'élimination empiriques ou avalés.
Approche multidisciplinaire
Même en cas de pathologie organique, le soutien de Psychologie (faire face à une maladie chronique), Nutrition et, dans les cas complexes, Unités de douleur.
Sous-types de douleurs abdominales fonctionnelles (critères de Rome IV)
Syndrome du côlon irritable (SCI)
Critères diagnostiques
Douleurs abdominales au moins 4 jours/mois associées à 1 ou plusieurs des éléments suivants :
- Lié à la défécation.
- Un changement dans la fréquence des selles.
- Un changement dans la forme (l’apparence) des selles.
- Chez les enfants souffrant de constipation, la douleur ne disparaît pas lors du traitement de la constipation.
Gestion Spécifique
- IBS-Constipation : Fibre soluble (psyllium), polyéthylène glycol (PEG 3350).
- IBS-Diarrhée : Lopéramide (usage ponctuel), régime pauvre en FODMAP (avec nutritionniste).
- Gestion de la douleur : Huile de menthe poivrée, antispasmodiques (trimébutine).
Dyspepsie fonctionnelle
Critères diagnostiques
Au moins 4 jours/mois avec 1 ou plusieurs des symptômes épigastriques suivants :
- Plénitude postprandiale ennuyeuse.
- Satiété précoce.
- Douleurs épigastriques ou brûlures non liées à la défécation.
Gestion Spécifique
- Éliminez et traitez H. pylori s’il est présent.
- Essai thérapeutique avec des IPP (par exemple oméprazole) pendant 4 à 8 semaines.
- Repas petits et fréquents, faibles en gras.
- Prokinétique (par exemple dompéridone) si la satiété précoce prédomine.
Migraine abdominale
Critères diagnostiques
Au moins 2 épisodes en 6 mois avec tous les éléments suivants :
- Douleur abdominale paroxystique, intense, médiane, durant ≥ 1 heure.
- Périodes intercritiques de santé normale (semaines-mois).
- La douleur interfère avec l'activité normale.
- Associé à ≥2 de : anorexie, nausées, vomissements, maux de tête, photophobie, pâleur.
Gestion Spécifique
- Manipulation pointue : Repos, AINS, antiémétiques (ondansétron). Triptans (sumatriptan nasal) dans des cas sélectionnés.
- Prophylaxie: Cyproheptadine, propranolol, amitriptyline.
- Identifiez et évitez les déclencheurs (stress, jeûne, nourriture).
Recommandations aux parents
Que faire OUI
- Restez calme et offrez un soutien émotionnel sans être surprotecteur.
- Encourager la fréquentation scolaire et la participation à des activités sociales et sportives.
- Validez la douleur de l'enfant (« Je comprends que ça fait mal ») mais redirigez l'attention vers des activités agréables.
- Tenez un journal des symptômes (sans être obsédé) pour identifier les déclencheurs possibles.
- Assurer une alimentation équilibrée, riche en fibres et une hydratation adéquate.
- Favoriser un sommeil réparateur et des techniques de relaxation (respiration profonde, pleine conscience).
- Félicitez l'enfant pour ses réussites dans la gestion de la douleur et le maintien de ses routines.
Ce qu'il ne faut PAS faire
- Permettez à la douleur d’être au centre de la vie familiale.
- Rendez-vous fréquemment aux urgences si une pathologie grave a déjà été exclue.
- Limitez les activités de l'enfant ou permettez-lui de manquer l'école à cause de la douleur.
- Posez constamment des questions sur la douleur (« est-ce que ça fait mal maintenant ? », « à quel point ça fait mal ? »).
- Administrer des médicaments (analgésiques, antispasmodiques) sans ordonnance et en continu.
- Effectuer des régimes d'élimination restrictifs sans surveillance médicale.
- Montrez une anxiété ou une détresse excessive, car l’enfant peut le percevoir et aggraver ses symptômes.
Évaluation des connaissances
Bibliographie et ressources
- Hyams JS, Di Lorenzo C, Saps M, Shulman RJ, Staiano A, van Tilburg M. Troubles fonctionnels : enfants et adolescents. Gastro-entérologie. 15 février 2016. pii : S0016-5085(16)00181-5.
- Koppen IJN, Nurko S, Saps M, Di Lorenzo C, Taminiau JAJM, Benninga MA. Les critères pédiatriques de Rome IV : quoi de neuf ? Expert Rev Gastroenterol Hepatol. Mars 2017;11(3):193-201.
- UpToDate : « Douleurs abdominales chroniques chez les enfants et les adolescents : approche de l'évaluation. » Auteurs : B U. K. Li, MD, Miguel Saps, MD.
- Guide de pratique clinique sur la douleur abdominale chronique en pédiatrie. Association Espagnole de Pédiatrie (AEP).
- Rapport clinique de l'American Academy of Pediatrics (AAP) : « Évaluation et gestion de la douleur chez les enfants présentant une déficience importante du système nerveux central ».